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Assassinat de Daphne Caruana Galizia : la protection des lanceurs d’alerte est une urgence

Le 16 octobre, la blogueuse maltaise Daphne Caruana Galizia, connue pour avoir dénoncé la corruption dans son pays, a été exécutée par une bombe placée sous sa voiture.

Daphne Caruana Galizia avait notamment été à l’origine de révélations de corruption portant sur l’entourage du premier ministre Maltais, Joseph Muscat, qui avaient provoqué des élections anticipées sur l’île, en juin 2017. Elle avait aussi été en première ligne des révélations sur les sociétés offshore détenues par le chef de cabinet du Premier ministre et par le ministre de l’Energie. D’autres proches de l’entourage du premier ministre maltais – dont sa femme – avaient également été ciblés par les écrits de la journaliste. Europe Ecologie Les Verts salue le courage et la ténacité d’une grande femme, véritable lanceuse d’alerte, dans un pays que Reporters sans frontières place 47e dans son classement mondial de la liberté de la presse, et où les poursuites judiciaires à l’encontre des médias sont courantes.

Le magazine Politico avait vu en Daphne Caruana Galizia « un WikiLeaks entier en une seule femme, en croisade contre le manque de transparence et la corruption à Malte ». L’assassinat de cette lanceuse d’alerte, est une tâche noire sur le tableau démocratique européen, tant il est un tragique témoin des menaces pouvant peser sur la liberté d’expression.

Daphne Caruana Galizia dénonçait, depuis les prémisses de sa carrière, les agissements des hiérarques politiques et économiques de cette île de la Méditerranée, souvent rebaptisée “Panama de l’Europe”. L’île est en effet un paradis fiscal souvent méconnu, utilisé par des entreprises – dont Bouygues, Total, BASF, Ikea… – et des individus, pour se soustraire à la participation individuelle au bien être collectif qu’est l’impôt, privant les pays lésés de 2 milliards d’euros de recettes fiscales par an. Sur dix ans, Malte aurait privé les autres pays de 8,3 milliards d’euros de recettes fiscales, grâce à des contournements à la limite de la légalité et via des sociétés offshore dont le seul objectif est de créer des montages d’évasion fiscale.

Or, les pratiques des Etats comme Malte, Chypre, le Luxembourg ou l’Irlande privent les autres Etats européens de recettes fiscales essentielles afin de financer leurs services publics et de lutter contre le dérèglement climatique. Voilà des décennies que les écologistes dénoncent le système dit des “paradis fiscaux”, notamment à travers l’immense travail effectué par la député Européenne Eva Joly, qui a publié un rapport au Parlement européen, en janvier 2017, sur les pratiques fiscales de l’île méditerranéenne.

Du fait de l’action des associations, des lanceurs d’alerte et des politiques, tous les pays de l’Union européenne, dont Malte, devront transposer d’ici à 2019 une série de directives fiscales permettant de lutter contre l’évasion fiscale.

Dès mai 2016, le groupe des Verts-ALE au Parlement européen a déposé un projet de directive européenne pour protéger les lanceurs d’alerte. Pascal Durand précisait déjà: “il faut aller au-delà et se doter d’un instrument législatif. L’objectif étant de protéger de la même manière au sein de l’UE les citoyens dénonçant des cas de fraude ou de mauvaise gestion de l’argent public mais également des crimes environnementaux, des atteintes aux droits humains ou tout fait allant à l’encontre de l’intérêt général sans avoir à craindre des actes de représailles.”

Europe Ecologie Les Verts salue encore une fois le courage et la détermination de Daphne Caruana Galizia et des lanceurs d’alerte à travers le continent. Les écologistes continueront, tant au niveau national qu’européen de combattre les pratiques anti démocratiques et de se battre pour une fiscalité plus juste et harmonisée. Le silence de l’Union équivaut à un acquiescement. Cela ne peut plus durer. Si elle veut être un réel objet politique, l’Union européenne doit désormais agir.

Julien Bayou et Sandra Regol, porte-parole nationaux