| A la Une | Europe

Les Verts européens et mondiaux tourné-es vers l’avenir

Le 20e Congrès du Parti vert européen et le 5e Congrès des Verts mondiaux s’est déroulé à Liverpool du jeudi 30 mars au dimanche 2 avril 2017.

Les Français-es y étaient représenté-es nombreuses-eux, avec David Cormand, Secrétaire national, Marine Tondelier et Marie Toussaint pour le Bureau exécutif, cinq délégué-es au Parti vert européen (Jocelyne Le Boulicault, Robert Aarsse, Magali Deval, Mathieu Béchu et Samy Khaldy ; Cécile Franchet excusée), Gwendoline Delbos-Corfield, membre du Comité exécutif du PVE, Brigitte Brozio au titre du conciliation committee du PVE, Marie-Cécile Seigle-Vatte qui y portait la résolution « Pillar of social rights », Mélanie Vogel pour le groupe de travail sur le futur de l’Europe, Lise Deshautel côté eurodéputé-es, Benjamin Bibas et Françoise Alamartine pour la représentation d’EELV auprès des Verts mondiaux, de nombreuses/eux curieuses/eux ou délégué-es d’autres délégations (Ximena Kayser-Morris, Timur Delahaye, Ghizlaine Guessous, Christine Surdon, Françoise Kiéfé…), les sénateurs Jean Desessard et André Gattolin, des Jeunes écologistes (Malcy Cathelineau, James Cleaver, Noaïma Henry, Anton Sauvestre, Antoine Tifine et Marina Verroneau) ainsi que Marie Pochon, co-porte-parole de la FYEG (Fédération des jeunes verts européns).

Retrouvez ici toutes les résolutions adoptées par les verts européens ; les résolutions des verts mondiaux seront disponibles prochainement mais la Déclaration de Liverpool est ici, reprenant largement les thématiques et exemples concrets évoqués dans les résolutions.

La protection des communs environnementaux au cœur des enjeux

Côté Verts mondiaux comme Verts européens, la protection des communs dont les océans ou l’architecture du droit pénal international environnemental, la transition écologique et la sortie du nucléaire furent de grands sujets de travail.

Outre l’adoption des deux résolutions, l’une par les Verts mondiaux, l’autre par le PVE, concernant l’écocide portées par EELV conjointement avec Equo (parti vert espagnol) et les Verts fraternels de Maurice, l’accaparement des terres, l’extractivisme… firent l’objet de plusieurs résolutions. Sur ces sujets plutôt consensuels, rappelant la campagne menée sur le désinvestissement carbone par les verts européens, est apparue une problématique majeure, d’ordre sémantique, sur laquelle nous reviendrons, et il a été décidé de constituer des groupes de travail qui pourraient travailler avec précision et expertise sur la définition des nouveaux crimes et délits environnementaux au niveau international ainsi que sur l’architecture juridique et les institutions nécessaires afin de permettre leur application.

Le travail continue donc pendant les mois qui viennent au sein des deux fédérations.

La protection des droits et libertés face aux régimes autoritaires

Il était impensable pour les Verts européens et mondiaux de ne pas réagir à l’accession au pouvoir de Donald Trump, au renforcement de la Russie de Vladimir Poutine sur la scène internationale dans un contexte de forte tension sur les frontières et territoires, à la réémergence de murs entre les États souvent justifiés par des visions racistes et xénophobes.

Plusieurs textes viennent donc condamner le mur entre les États-Unis et le Mexique, la dissolution du Parlement au Venezuela, les violations des droits humains et les répressions en Biélorussie… dont une résolution portée au sein du Parti vert européen condamnant plus précisément l’action de Donald Trump et l’idéologie qui la sous-tend.

Cela a permis de rappeler notre approche des politiques à mener pour lutter contre l’extrême-droite en Europe, notamment abordées via le groupe de travail Futur de l’Europe piloté par Mélanie Vogel. La résolution sur Donald Trump, recherchant les moyens de faire campagne contre le populisme xénophobe et misogyne de droite y compris dans les pays européens, a été suivie notamment par Samy Khaldy, rappelant que l’Europe doit se construire sur une base sociale-environnementale contre les politiques libérales qui renforcent les extrêmes-droites et réaffirmant notre solidarité avec les mouvements de la société civile américaine se battant contre les politiques menées par Trump.

Plusieurs plénières et ateliers ont permis de mettre en débat nos différentes manières de lutter contre ces glissements des populismes d’extrême-droite et autoritaristes, sujet de haute préoccupation pour l’ensemble de la sphère écologiste. Marine Tondelier a représenté EELV dans le cadre d’un de ces débats, pour décrire la situation du Front national et présenter son expérience locale d’élue d’opposition à Hénin-Beaumont. Notre délégation a d’ailleurs été beaucoup sollicitée par les uns et les autres sur la possibilité de victoire de Marine Le Pen à l’élection présidentielle.

Enfin, le Congrès des Verts mondiaux a été l’occasion d’adopter une résolution de soutien aux LGBT+ de tous les pays, notamment les pays du Sud, et de mettre en place d’un réseau international. Magali Deval, par ailleurs co-responsable de la commission LGBT d’EELV, a participé à la mise en place de ce réseau et aux discussions sur cette résolution. Les fédérations continentales seront amenées à envoyer des représentant-es au bureau de ce réseau, en prêtant attention à la protection de chacun-e notamment dans les pays où les LGBT+ sont réprimés.

Les guerres et tensions, la Syrie

La Syrie est au cœur des discussions du Parti vert européen depuis déjà plusieurs mois. Nous avons été force motrice des discussions, grâce au travail de Robert Aarsse au sein du groupe de travail sur les affaires étrangères, ainsi que, aidés par la motion du Conseil fédéral rédigée portée par Françoise Alamartine et son appui sur place, par des amendements au texte proposé par le Comité exécutif. Nous y avons notamment défendu l’impact des questions environnementales, notamment de l’eau, sur le conflit ainsi que condamné la responsabilité de Poutine dans les exactions aux droits humains et crimes de guerre qui y ont été commis, et rappelé la nécessité pour l’Union européenne d’accueillir les réfugié-es et de s’investir dans le processus de paix aux côtés de l’ONU.

Également, dans le cadre d’une rencontre entre David Cormand et la Fédération des Verts africains animée par le Rwandais Frank Habineza, par ailleurs candidat à la présidence de son pays, de nombreux représentant-es des partis africains (dont des femmes; un compte-rendu plus détaillé est à venir) et Françoise Alamartine, co-responsable de la commission Transnationale et Benjamin Bibas, responsable du groupe Afrique, comme Christine Surdon, déléguée du Togo,u ne réflexion a pu être ouverte sur la création d’une aire régionale protégée d’exploitation pacifique et durable des ressources minérales de la région des Grands Lacs, afin de mettre un terme à l’interminable conflit qui ensanglante les Kivus (RD Congo) depuis plus de vingt ans. Des liens vont être consolidés et des travaux communs engagés sur toutes les questions écologiques et les interactions trop souvent négatives de la politique française.

Par ailleurs, dans le cadre du chemin vers la paix initié par la société civile basque, un des derniers mouvements indépendantistes armés d’Europe, l’ETA, s’apprête à procéder à son désarmement annoncé comme définitif dans les jours qui viennent : cette annonce a réjoui les écologistes européen/nes, et certains, dont Monica Frassoni, co-présidente du PVE ou Juantxo Lopez des Uralde, député espagnol, ont envoyé un message de soutien aux artisans de la paix.

Droits sociaux et transports

Sur initiative de Jocelyne Le Boulicault et de Marie-Cécile Seigle-Vatte, nous avons proposé une résolution sur le pilier des droits sociaux de l’Union, axée sur l’égalité inter-générationnelle et la défense des droits (emploi, ressources, logement) d’une population européenne dont l’âge s’élève. Adoptée à la quasi-unanimité, cette résolution a reçu un soutien actif notamment de l’eurodéputée allemande Terry Reintke.

Ce Congrès des verts européens a également donné lieu à l’adoption d’une résolution sur les transports dans l’Union européenne, avec de nombreuses discussions sur les investissements entre grandes lignes et lignes régionales. Avec le soutien de l’aile fundi des verts allemands, Matthieu Béchu a défendu avec succès la priorité aux lignes de proximité. Cette motion rappelle également le soutien des écologistes européens au train de nuit.

Enfin, Sandrine Rousseau fut l’invitée du Parti vert européen pour évoquer la transition écologique de l’économie, aux côtés notamment du Ministre des finances finlandais.

Structuration des écolos mondiaux

Les Congrès sont également des moments de structuration de notre mouvement mondial. André Gattolin s’est notamment investi au sein du réseau des parlementaires écologistes du monde, Jean Cloutier du Québec a défendu la reconnaissance des verts mexicains qui ont beaucoup évolué et sont désormais représentés par une quarantaine de députés, la fédération des verts américains a présenté de nombreuses résolutions avec la participation active d’une dizaine de pays et nous avons rencontré Jill Stein, candidate à la présidentielle américaine.

Suite à la demande des verts mondiaux de pouvoir mieux s’organiser en disposant notamment d’un budget accru, il a été décidé que deux co-responsables seraient désignés et en charge de porter la voix des verts mondiaux sur les résolutions adoptées depuis la naissance de l’organisation. Ces deux co-responsables auront également en charge de présenter un plan de travail, mettant notamment en œuvre les préconisations des résolutions, permettant de définir un budget approprié pour la vie de l’organisation. Par manque de procédures établies toutefois, le co-responsable européen présenté n’a su réunir les voix nécessaires pour être élu : les verts mondiaux sont encore jeunes, si nous souhaitons les faire grandir, il faudra accroître considérablement leur organisation pratico-pratique et mettre en place de meilleures procédures avec ses membres. Robert Aarsse et Benjamin Bibas ont su discuter et travailler en ce sens.

Global Young Greens : En parallèle des congrès des verts européens et des verts mondiaux se tenait celui des Jeunes Verts Mondiaux, dont font partie les Jeunes écologistes pour la France. Il a surtout été question d’améliorer le fonctionnement de l’organisation qui souffre du manque de moyens et du turnover très important (pertes d’expériences, manque de transmission, etc.). Ce fut aussi l’occasion d’échanger sur les thèmes chers à certaines organisations ou sur les expériences et les bonnes pratiques d’autres, de prendre des contacts pour de futures collaborations.

Un nouveau comité de pilotage de 8 membres a été élu. Les Jeunes écolos français (représentés par le passé par Antoine Tifine) n’y sont plus présent-e-s.

L’état des lieux des rapports politiques

Les verts allemands, en mauvaise situation électorale en amont des élections de septembre prochain, se sont montrés assez divisés sur un certain nombre de positions. Ce Congrès nous a également rappelé le poids de la sémantique : refusant l’adoption de tout suffixe « cide » (résolution écocides), rejetant le mot « apartheid » pour désigner la politique Israëlienne envers les Palestiniens notamment, ils nous rappellent combien l’histoire de l’Europe était encore très récemment celle des conflits, et combien l’Union européenne est un atout pour la paix.

David Cormand a rencontré de nombreuses délégations pour évoquer la situation politique française et construire des solidarités plus fortes entre alliés écologistes, notamment avec nos voisins européens. Pour nombre d’entre eux, la situation française est incompréhensible, mais les discussions continuent autour des coalitions, des élus écologistes d’opposition, des recompositions en cours partout en Europe et de la préparation des élections européennes de 2019.

Enfin, tous les représentants européens présents à Liverpool savent désormais placer Dunkerque sur une carte ! Marine Tondelier, responsable de l’organisation des Journées d’été pour le Bureau exécutif, a démarché l’ensemble de nos partenaires, pour offrir à notre rendez-vous des 24, 25 et 26 août cet été une dimension européenne et l’objectif de journées d’été pleinement européennes à Strasbourg en 2018.

Avec l’aide précieuse de Marie Toussaint et de David Cormand, un accord de principe a été noué avec le Parti vert européen, le groupe écologiste du Parlement européen ainsi que la Fondation verte européenne. Nos voisins européens ont été enthousiastes à l’idée de se joindre à nous et ont accepté de participer à la hauteur de leurs moyens et de leur disponibilité. Rendez-vous dans quelques mois à Dunkerque pour imaginer ensemble une Europe « to be proud of ».