4 Libérer l’économie de sa financiarisation

L’économie contemporaine est engagée dans un vaste mouvement de financiarisation à l’échelle mondiale, processus engagé dans les années 1980 à travers une triple évolution marquée par la déréglementation, la désintermédiation bancaire et le décloisonnement. Ce mouvement, soutenu et accompagné par les gouvernements de droite comme de gauche, a engendré une très forte instabilité du système monétaire et financier international, ainsi qu’une succession de crises bancaires, boursières et de change. Avec la forte augmentation des flux de capitaux à l’échelle mondiale (40 milliards d’euros de biens et services échangés par jour contre plus de 4 000 milliards de capitaux), la déconnexion des flux réels et financiers révèle l’ampleur des transactions purement spéculatives, qui ont de nouveau atteint des sommets alors que l’endettement mondial a progressé entre 2007 et 2014 de 57 000 milliards de dollars. Aucune leçon n’a été tirée de la crise des subprimes de 2008 !

Il est impératif de remettre l’économie sur ses pieds et de combattre le capitalisme financier. Appliquer de nouvelles règles et contraintes à la finance est une priorité urgente. Car, utile quand elle est au service du financement de l’économie réelle, elle devient nuisible et prédatrice quand elle met l’économie réelle à son service. Les écologistes agissent d’abord dans ce domaine à l’échelle mondiale, en particulier par la taxation des transactions financières. Mais ils n’ignorent pas que notre pays doit aussi balayer devant sa propre porte.

Aujourd’hui les banques dictent leur loi aux politiques. Elles réussissent à bloquer les projets de réorganisation de leurs activités ou de leur contrôle : toute évolution passe donc d’abord par une réelle volonté politique. Indifférentes aux impacts des projets qu’elles financent, elles ont comme seul objectif de garantir le maximum de retour sur investissement.

Nos priorités sont :

  • D’orienter le financement bancaire vers des projets soutenables. Pour ce faire, une politique sélective du crédit doit être mise en place avec des taux d’intérêt plus bas pour les projets écologiques et un encadrement quantitatif pour les autres crédits. Cela passe par une forte remise en cause des critères imposés par la Banque centrale européenne (BCE) et les agences de notation. L’intégration de critères sociaux et environnementaux à côté des critères financiers dans l’analyse de la solvabilité des entreprises avance trop lentement.
  • De séparer les activités de crédit des activités sur les marchés financiers. Ces dernières doivent être plus réglementées pour stopper la fuite en avant actuelle, à base de produits de plus en plus sophistiqués et d’algorithmes visant à la maximisation des profits.
  • De plafonner la rémunération des traders.
  • D’interdire l’ensemble des opérations de « trading à haute fréquence » (THF), qui permettent l’exécution à grande vitesse de transactions financières générées par des algorithmes informatiques. Les produits traités peuvent être des actions, mais aussi des obligations ou des produits dérivés. Ces opérateurs de marché virtuels peuvent exécuter des opérations sur les marchés financiers en un temps calculé en microsecondes. Or, le THF présente des risques systémiques importants, car il suffit d’un petit dysfonctionnement (qui pourrait, par exemple, empêcher certains ordres d’être annulés) pour entraîner les prix de marchés dans des mouvements complètement erratiques.
  • De lutter contre les paradis fiscaux par l’adoption en France de l’équivalent de la loi Fatca (Foreign Account Tax Compliance Act), votée aux États-Unis en 2010, qui obligerait toutes les institutions financières ouvrant un compte à un.e citoyen.ne français.e ou à une entreprise à capitaux majoritairement français de le déclarer au fisc.
  • De revoir la place de la BCE dans la définition de la politique monétaire de l’UE et lui fixer des objectifs autres que la stabilité des prix.
  • D’étendre l’épargne solidaire : les dispositions permettant de diriger une fraction de l’épargne salariale vers l’épargne solidaire seront généralisées à tous les types de supports de placement collectifs.

 

LES MONNAIES LOCALES OU COMPLÉMENTAIRES

« Avoir le choix de sa monnaie pour payer son boulanger, son pharmacien ou son plombier. Privilégier, selon le territoire, l’eusko, la Pêche ou la Bou’Sol à l’euro pour faire ses courses. Utopique au premier abord, cette liberté de choisir sa monnaie devient réalité grâce à l’émergence progressive des monnaies locales complémentaires. » (Le Monde, 22/05/2015).

Ainsi, les monnaies locales complémentaires et citoyennes (MLCC) fleurissent en France et en Europe depuis la crise économique de 2007-2008. Elles sont aujourd’hui une trentaine en France et plus de 10 000 dans le monde entier.  Ces monnaies lancées par les citoyens, soutenues par des collectivités locales ou par des fondations, répondent à plusieurs objectifs :

  • relocaliser l’économie puisqu’avec une monnaie locale on ne peut acheter que dans les entreprises locales ;
  • orienter la consommation puisqu’il faut être adhérents, consommateurs ou prestataires, et partager la charte des valeurs sociales et écologistes ;
  • créer de la richesse et de l’emploi local par une monnaie non épargnée et qui circule trois fois plus vite que l’Euro….

Mais comme toute bonne idée il faut se méfier des contrefaçons : le Bitcoin spéculatif ou certaines monnaies de réseaux commerciaux qui échappent aux citoyens.

 

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