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La refondation peut-elle réduire les inégalités ?

Notre Ecole est très inégalitaire, les études internationales le montrent et l’opinion publique le sait. Le choc « Pisa » qui a touché l’Allemagne il y a moins de dix ans, va-t-il enfin toucher la France ? Disons d’emblée que la réduction des inégalités prendra du temps, que l’Ecole ne pourra pas le faire seule, même sur ce qui touche aux questions scolaires. Et qu’enfin la loi d’orientation n’est qu’un point de départ.

De quoi parlons-nous à propos d’égalité ? Tout d’abord, pas de l’égalité des chances, concept creux, miroir aux alouettes, mais bien de l’égalité des droits, dont le droit à l’éducation. Par exemple, le rapport de la Cour des comptes pointe le fait qu’au cours de sa scolarité, un enfant de Seine Saint-Denis aura bénéficié d’une année d’enseignement de moins du fait des absences de professeurs non remplacés. C’est ce qu’a rappelé le 27 février le collectif des parents du département invités au Sénat par Aline Archimbaud. Les inégalités sont territoriales. Elles sont aussi sociales : il faut de plus en plus être informé, bénéficier d’un réseau de relations privilégié pour accéder aux bonnes écoles, construire la bonne stratégie et les enquêtes internationales rappellent que le système scolaire français est performant pour dégager une élite, mais peine à assurer les fondamentaux pour ceux qui sont les plus faibles. Ces inégalités sont aussi sexuelles. Les filières les plus sélectives sont encore largement masculines, mais ceux qui décrochent le plus tôt sont très majoritairement des garçons, comme le rappelle une étude récente du ministère. Et bien sûr, il arrive que toutes ces inégalités se cumulent.

Toutefois, une expérience commune rassemble tous les élèves : cette Ecole est une des plus stressantes au monde. Oui, il faut se battre pour la suppression de la notation à l’école primaire. Mais notre projet n’est pas de transformer l’école en un centre de loisirs, où tout effort serait proscrit : il faut se battre pour une évaluation des apprentissages qui associe les élèves à l’évaluation de leurs progrès. C’est d’ailleurs ce qui attend les adultes d’aujourd’hui, qui doivent apprendre tout au long de la vie. Construire une Ecole bienveillante pour tous, c’est une véritable révolution des mentalités qui concerne aussi les parents, la formation des enseignants…

Comment combattre toutes ces inégalités ? L’école, ainsi que tous les acteurs éducatifs, peuvent-ils contribuer à les réduire ou à les dépasser ? Pour les écologistes, il faut d’abord faire de l’école un lieu d’apprentissage de la coopération. Cette expérience fondatrice à laquelle aspirent les enfants permet de constater qu’on n’apprend pas tout seul ou sous le seul contrôle du maître, qu’on peut faire des projets plus grands et qui s’inscrivent dans la durée et qu’on peut dépasser ses propres problèmes individuels… et qu’on peut ainsi trouver le sens et la place de son travail individuel. Cela rejoint l’aspiration des écologistes à la non-violence : régler ensemble les conflits qui se posent sans écraser quiconque. Bien des expériences avérées mériteraient d’être soutenues, plutôt que combattues, y compris parfois par les cadres de l’institution scolaire.

L’architecture de notre Ecole doit être profondément revisitée à l’aune des parcours que vivent les enfants et les jeunes. Nous plaidons pour une école fondamentale qui corresponde à la scolarité obligatoire et commune (de 6 à 16 ans, soit aujourd’hui l’école élémentaire et le collège). Les acquis communs attendus qui ne seraient pas atteints doivent pouvoir être atteints dans les parcours ultérieurs. Nous savons bien qu’entre 16 et 25 ans, ces parcours sont loin d’être linéaires. Il faut donner ici des droits à la formation qui s’inscrivent dans une logique de formation tout au long de la vie. La loi d’orientation traite peu du lycée, de l’apprentissage, mais il est essentiel que la scolarité obligatoire (celle du socle commun) soit pensée dans cette visée. Nous plaidons également pour une ouverture réelle de l’école sur son environnement. Dans tous les sens du terme environnement. Nous voulons développer les « Education à… », non pas comme des enseignements supplémentaires mais comme des grilles de compréhension complémentaires. L’éducation à l’environnement et au développement durable, qui vient de tenir ses assises à Lyon, nous montre la voie : des relations pérennes entre écoles, établissements scolaires, animateurs, intervenants, associations, entreprises et collectivités qui partagent un même projet éducatif. Les « Education à » ont du sens pour les parents qui ne comprennent pas toujours ce que l’école demande. Pour autant, l’éducation à la santé ou à la solidarité ne font pas disparaître les savoirs : ils permettent de se les approprier dans une logique de projet, sur le terrain… La culture, le sport sont aussi des moyens de dépasser les différences. Le travail sur les représentations, avec parfois des intervenants extérieurs qui permettent de prendre de la distance avec les enjeux du quotidien, doit aider à combattre les clichés. Il faut vraiment redonner sa place à la pédagogie.

 

La loi d’orientation pourra-t-elle refonder l’Ecole ? Non, c’est bien sa traduction dans des décrets, circulaires et surtout des engagements sur le terrain qui permettra de dépasser le stade du replâtrage. La loi sera finalement ce que nous en ferons. Il faut enfin être vigilant sur deux autres lois inscrites à l’agenda parlementaire : la loi de décentralisation, qui doit préciser les coopérations entre niveaux de collectivités et traiter en partie de la question sensible de l’orientation et la loi d’orientation de l’enseignement supérieur, qui fixera le cadre des futures Ecoles Supérieures du Professorat et de l’Education.

A ce stade de rédaction de la loi – qui est aussi une loi de programmation, les écologistes doivent obtenir un suivi de sa mise en oeuvre et des recrutements prévus. C’est nécessaire car nous voici engagés dans une démarche de longue durée. Et il n’est pas sûr que cette question soit à l’agenda politique dans quelques années…

Olivier Masson, responsable de la commission Enfance Education Formation d’EELV (education@eelv.fr)

 

photo : domaine public (Wikipedia)

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