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Loi asile et immigration : la honte de la République

Tandis que les débats débutent ce lundi à l’Assemblée nationale, Europe Ecologie les Verts s’associe aux collectifs, associations, syndicats et partis politiques qui se mobilisent contre la loi asile/ immigration. Ce projet de loi  divise d’ailleurs largement  jusqu’au sein de la majorité.

L’ensemble de ce projet de loi piétine les valeurs de la République et contredit les discours en apparence humaniste du Président Emmanuel Macron. Un “en même temps”, attentatoire aux libertés et sécurité des migrant.e.s, indigne des français.e.s qui se battent au quotidien pour garantir un accueil solidaire.

Dans son interview de dimanche soir, le Président affirmait qu’il y avait en France un “devoir d’humanité” respectable et qu’il entendait faire respecter. Cette tentative de créer une opposition artificielle et communicationnelle entre les Justes, ces héroïnes et héros du quotidien qui viennent en aide à ceux et celles qui souffrent, et d’autres qui mettent l’accent sur les conditions systémiques qui produisent ces situations, est une insulte aux valeurs de la République. L’objectif est simple : dépolitiser les luttes pour en amoindrir l’effet et laisser le champ libre aux exactions des fonctionnaires de l’Etat qui agissent sur ordre à Calais, Menton, Ouistreham, dans la vallée de la Roya et ailleurs. Le délit de solidarité doit être abrogé : il est une insulte à notre devise “liberté, égalité, fraternité”. Or, ce projet de loi permet, en substance, tout l’inverse.

Instaurer, au prétexte d’une amélioration de la gestion administrative des flux, des délais de dépôt et de recours si courts qu’ils sont impossibles à tenir pour des personnes fuyant la guerre, l’oppression ou la famine, l’enfermement dans les centres de rétention administratives passant de 45 à 90 jours, le traitement des dossiers par visioconférences … sont les plus cyniques mises en application des propositions des droites dures européennes. Ce système n’aura aucun autre effet que précariser encore plus des personnes qui fuient l’horreur; elle les rendra encore plus dépendantes aux réseaux mafieux d’immigration de traite des humains, qui sont le véritable ennemi contre lequel cette loi prétend lutter et qu’elle ne fera que favoriser.

Les écologistes rappellent leur attachement à l’inconditionnalité de l’accueil qui, pour parler en langage de gestionnaire macronnien, rapporte. Elle rapporte économiquement et culturellement.  Il est urgent de sortir des discours populistes qui reprennent un vocabulaire droitier et instrumentalisent la ‘peur de l’Autre’ à des fins politiques. Il ne s’agit pas de bonnes actions, mais souvent de rembourser notre dette auprès de pays que la France a pillés, en s’accaparant leurs ressources et en détruisant leur environnement : les accueillir est un devoir moral pour les générations futures.

C’est aussi tout simplement une approche pragmatique : aucun mur, aucune mer n’arrêtera jamais les désespéré.e.es prêts à tout pour offrir une chance à leur famille. Le vrai réalisme, c’est l’organisation de l’accueil ! Si on ne peut accueillir toute la misère du monde, il est toutefois de notre devoir de tout faire pour ne pas la renforcer en acculant ces populations dans des bidonvilles inhumains. Il n’y a pas une crise humanitaire, mais une crise de l’accueil.

EELV demande à ce que ce projet de loi soit aboli et qu’un réel débat de fond soit initié pour une vraie politique migratoire qui réponde aux enjeux tant européens que nationaux. Ce débat doit être mené en concertation avec tous les acteurs de la société civile concernés.

Alors que le vote final aura probablement lieu vendredi prochain, Europe Ecologie Les Verts appelle les parlementaires à faire preuve de responsabilité  et de se rappeler que leurs votes doivent être guidés par les valeurs de la République, celles de l’intérêt général et du bien commun, des valeurs qu’on ne peut sacrifier sur l’autel des allégeances politiques et de l’urgence électoraliste, en ayant le regard tourné vers la droite dure.

Julien Bayou et Sandra Regol, porte-parole nationaux