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Sénégal, course de vitesse contre le dérèglement climatique

Par Marie-Pierre Bresson, élue EELV de Lille.

Au titre la la présidence du Groupe Pays Sénégal de Cités Unies France, Pascal Canfin, ministre du développement, m’a invité à l’accompagner pour son 3ème déplacement au Sénégal, dont l’essentiel portait sur les questions climatiques, en préparation du sommet de l’Elysée de novembre prochain.

Arrivés à Dakar mercredi à 19h, nous nous rendons à la résidence où nous attendent l’ambassadeur et l’équipe du SCAC (service de coopération et d’action culturelle) qui ont préparé le programme. Revue de détails.

Jeudi matin : petit déjeuner « climat » à la résidence avec les représentants des ONG actives sur le terrain. Elles confirment ce que je tiens pour une évidence avec l’expérience de Saint Louis, et que le ministre vérifiera avec stupéfaction quelques heures plus tard en observant la rapidité de l’érosion côtière à proximité de Dakar : au Sénégal, une course contre la montre est lancée pour lutter contre le changement climatique, mais une multitude d’initiatives fleurissent, qu’il est nécessaire d’amplifier et de coordonner, autant pour atténuer l’impact des activités humaines sur le climat que pour permettre aux territoires et aux populations de s’adapter aux effets du dérèglement climatique, dans une perspective de développement humain et économique : le Sénégal, territoire en transition.

La lutte contre le changement climatique n’est efficace et appropriée par la population locale que si elle résout les problèmes immédiats de survie et est source d’activité économique elle-même génératrice de développement humain. C’est tout l’objet de ce déplacement ministériel : passer de l’expérimentation au développement de filières économiques viables : changer d’échelle !

C’est ce cercle vertueux qu’il convient de mettre en œuvre et qui est déjà, à de petites échelles, appliqué sur quelques territoires, souvent grâce à la coopération décentralisée(cf. CUF), très active dans ce domaine. Un des objectifs de la visite ministérielle est de comprendre comment le Sénégal développe ces intiatives et peut les dupliquer à l’échelle du pays, voire en tirer un modèle économique durable.

La baie de Hann, magnifique anse dakaroise, est polluée. Les égouts qui se déversent directement à la mer, les rejets des usines riveraines souillent l’eau et la côte, empêchant toute autre activité, comme la pêche ou le tourisme littoral. Les riverains s’en plaignent, et la vitalité de la démocratie participative sénégalaise transforme cette plainte en actif lobbying auprès des entreprises et autorités locales. Des industriels modifient leur comportement, comme les abattoirs de la SOGAS qui, à l’aide d’un digesteur, transforment les déchets organiques en biogaz, lui-même utilisé pour alimenter le process industriel. Ce cercle vertueux du déchet, qui, outre de n’être plus déversé à la mer, devient énergie, est à encourager partout où c’est possible, d’autant plus qu’il existe au Sénégal une vive tension autour de la fourniture énergétique. En produire, c’est autant de moins à acheter et cela permet de soulager le réseau général.

Les visites de la digue de Rufisque et de la ville de Bargny témoignent de la vitesse avec laquelle la côte recule, en même temps que les habitations villageoises sont littéralement mangées par l’océan.

Au déjeuner de retour à la résidence, nous rencontrons les volontaires français de solidarité internationale, à parité de jeunes femmes et de jeunes hommes, présents sur le territoire sénégalais. Ils sont une trentaine présents, tous pleins d’enthousiasme, recrutés et formés par France Volontaires et des ONG ou des collectivités locales qui grâce à elles, à eux, font avancer leurs programmes de coopération. Parmi eux, les volontaires du Sicoval Midi-Pyrénées qui travaillent sur la réduction et le traitement des déchets à Gandon, deux autres qui mettent leur compétence et leur engagement au service du plan climat de la région de Dakar, mené en partenariat avec la Région Ile de France, Nicolas, qui suivra désormais le programme de la coopération lilloise avec Saint Louis, etc.

L’après-midi et la soirée sont consacrés aux audiences ministérielles avec le Ministre des affaires étrangères et Madame le Premier Ministre, puis Pascal Canfin est reçu par Macky Sall, Président de la République du Sénégal. État des lieux de la coopération bilatérale, signature des conventions qui la régissent, pistes de travail pour les années à venir, préparation du sommet de l’Elysée et évidemment actualité internationale sont à l’ordre du jour des échanges.

Nous terminons par un passage au Conseil régional de Dakar, qui a défini un plan climat territorial -le premier en Afrique de l’Ouest- accompagné par la Région Ile de France. Pascal Canfin réagit dans « Le soleil ».

Au dîner, le nouveau ministre de l’environnement Mor Ngom, nous rejoint, ainsi que des représentants d’ONG et d’associations sénégalaises. Parmi eux -elles- des membres actifs du mouvement M23 qui a largement concouru à la dernière alternance politique, et des femmes juristes, très engagées pour faire inscrire l’égalité dans le droit sénégalais, de même que dans la constitution. La modification du mode de scrutin qu’elles ont obtenue a permis de faire entrer 43% de femmes à l’Assemblée Nationale du Sénégal.

Avec Haidar El Ali fondateur d’Oceanium, ministre de la pêche et des affaires maritimes, et Mor Ngom, ministre de l’environnement, nous passons la journée en Casamance, visiter les sites de reforestation de la mangrove. Grâce au fonds de compensation carbone volontaireLivelihoods qui accompagne Oceanium depuis 2008, 10000ha de mangrove ont été replantés par les 150000 villageois, des femmes essentiellement, de 420 villages. C’est toute une filière agroécologique qui s’organise, sur la base d’une participation active des populations locales, car il faut des bras pour replanter les propagules ! Le resultat ne tarde pas : reforestation, désallinisation et restauration de la ressource halieutique (poissons, coquillages, crabes, huîtres) dans le delta, et, dans la forêt voisine, meilleure production puis utilisation du charbon de bois grâce aux fours améliorés distribués à la population.

Des fleurs de palétuviers, il se tire un miel réputé pour être aussi délicieux -parce qu’avec un léger arrière-goût de sel- que rare.

Le paysage est somptueux, toutes les nuances de vert, du plus tendre des rizières au plus sombre du feuillage des immenses fromagers se détachent entre la terre rouge et le ciel pâle. Manguiers, anacardiers (noix de cajou), flamboyants et baobabs se succèdent, tandis que la longue silhouette des roniers -palmes en éventail- se détache, dernier étage de la forêt humide qui partout nous environne.

Dans les villages que nous traversons, l’imposante délégation ministérielle est accueillie avec enthousiasme et Haidar El Ali traduit du wolof ou du diolla les explications données par les représentants locaux : le reboisement de la mangrove de Casamance est une question de survie, parce qu’elle permet de consolider l’économie locale (agriculture et pêche) et de freiner l’exode rural. Avec 52 millions d’arbres plantés en 5 ans, la restauration de la mangrove de Casamance est la plus grande opération de reforestation jamais réalisée au monde !

C’est avec chaleur, amitié, admiration et sincère bonheur que Pascal Canfin épingle Haidar EL Ali : avant de quitter Dakar, il le fait Chevalier de la Légion d’Honneur. Chapeau bas.

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